
Deux flacons de verre se répondent, l’un posé sur l’autre, comme un sablier dont on aurait oublié de compter les grains. En haut, ce qui reste à vivre. En bas, ce qui s’est déjà écoulé. Et entre les deux, un passage étroit, une petite bague de couleur : le présent.
Le temps ne s’arrête pas, et il ne prévient pas. Il file pendant qu’on attend le bon moment, la bonne occasion, le jour où tout sera enfin prêt. Mais ce jour-là n’existe pas. Il n’y a que celui-ci, avec sa lumière du matin, ses rires, ses repas qui s’éternisent, ses élans qu’on n’ose pas suivre.
Alors profiter, ce n’est pas courir après l’instant ni vouloir tout saisir. C’est simplement être là, les yeux ouverts, et goûter ce qui passe tant que ça passe. Dire oui à l’invitation, ouvrir la bonne bouteille, regarder le ciel un peu plus longtemps.
Ici, chaque point de lumière est un moment qui brille avant de s’éteindre. Rien ne se retient, tout se vit.
Le temps passe : autant qu’il passe en lumière.

